• Grand débat : assez de discours, des actes !

    Quand Emmanuel Macron a lancé le Grand Débat, à la mi-décembre, en pleine crise des gilets jaunes, j’ai rapidement fait part de mon scepticisme. Je voyais en effet dans cette démarche, la volonté du Chef de l’Etat de gagner du temps pour reprendre la main. Une gigantesque opération de com’ pour redorer un blason passablement terni par la colère populaire.

    Pourtant, j’ai quand même voulu donner une chance à cette initiative inédite. Après tout, rendre la parole aux Français, à tous les Français, partout dans les territoires, pouvait apparaître comme une catharsis nécessaire pour recréer du lien social, refaire du collectif, dans une société sous tension et de plus en plus individualiste.

    J’ai donc envoyé ma propre contribution, par courrier daté du 18 janvier, à Emmanuel Macron. Avec plusieurs propositions constructives et réalistes sur différentes thématiques, l’organisation de l’Etat et des collectivités, le rôle des élus, la fiscalité, la dépense publique, les services publics ou la transition écologique.

    Surtout, à la fin de ma lettre, j’ai voulu attirer l’attention du Président de la République en soulignant les « risques » de cet exercice. « En incitant tous les Français à s’engager, en leur demandant de se saisir des différentes thématiques, en promettant que vous tiendrez compte de leurs propositions, vous avez suscité une forte attente de leur part » ai-je écrit. Et j’ai conclu mon propos par un « Il ne faut surtout pas les décevoir » que je pense de plus en plus prémonitoire au fur et mesure que les jours passent.

    Car aujourd’hui, nous sommes à la mi-avril, soit un mois après la fin théorique du Grand Débat, programmée par Emmanuel Macron pour le 15 mars. Pourtant, rien n’a bougé. Aucune décision n’a été annoncée. Aucune piste n’a été dévoilée.

    Cela fait plusieurs jours qu’Edouard Philippe débriefe cette consultation devant des publics variés. De débrief en compte-rendu, de restitution en débrief de débrief, le Premier ministre accumule les poncifs et autres punchlines sans apporter le moindre début de solution. Or, à force de commenter des commentaires, tout le monde commence à s’impatienter.

    Car, une fois qu’on a dit que les Français réclamaient moins d’impôts et plus de services publics, on n’a guère avancé. Pas besoin d’une consultation nationale de trois mois pour mettre en exergue le ras-le-bol fiscal ambiant et l’opposition à la fermeture des services publics locaux. Au-delà des impôts et des services publics, il faut engager une vraie réforme en profondeur du fonctionnement de l’Etat. Si l’exécutif se borne à enfoncer des portes ouvertes, en se cachant derrière les conclusions du Grand Débat, la situation du pays n’évoluera pas.

    Et une question se pose. Toujours sans réponse. Emmanuel Macron a certes écouté les Français. Mais les a-t-il entendus ?

    Alors que le Grand Débat est terminé depuis un mois, le Chef de l’Etat doit désormais nous dire ce qu’il en a retenu. Emmanuel Macron doit nous dévoiler son ordonnance, ce qu’il préconise pour soigner le patient France. Il doit présenter ses solutions.

    Assez de discours. Il faut des actes et des réponses concrètes aux attentes des Français. Et vite.