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    Grand débat : tout ça pour ça…

    Enfin ! L’épilogue du « Grand débat » est arrivé. Le discours que devait prononcer Emmanuel Macron à la télévision a semble-t-il été dévoilé dans les médias. Les premières annonces sont déconnectées du quotidien des Français.

    Tout ça pour ça ! Après trois mois de « Grand débat », des centaines de réunions, des milliers de contributions, une vingtaine de samedis de mobilisation et une grande campagne de communication gouvernementale. Le Chef de l’Etat et son entourage avaient pourtant promis des réponses fortes et concrètes. Un « blast » qui allait rassurer et apaiser. Surtout, ces réponses étaient censées calmer la colère populaire qui paralyse notre pays depuis des mois.

    Et que propose Emmanuel Macron pour sonner l’acte 2 du quinquennat ?

    Rien de franchement nouveau et innovant. C’est un énième « plan », plus qu’un « grand projet pour la Nation ». C’est le « nouveau monde » qui est confronté à la realpolitik.

    Faire croire qu’on va résoudre les problèmes de nos concitoyens en réduisant le nombre d’élus, c’est de la démagogie, voire du populisme ! Car diminuer d’un tiers le nombre des parlementaires aura pour seule conséquence d’affaiblir la représentation des territoires à l’Assemblée nationale et au Sénat. Etait-ce la demande du peuple des territoires de France ? Est-ce la volonté des habitants des campagnes et des petites villes, des zones périphériques hors métropole d’où l’Etat se désengage méthodiquement depuis des années ? Est-ce le souhait de toutes les classes moyennes qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts ? Je ne le crois pas !

    Comment peut-on suggérer qu’en ayant moins de députés et de sénateurs, les Français seront mieux représentés ? En supprimant la voix des territoires au Parlement, je ne vois pas très bien comment on va pouvoir faire des lois qui prendront mieux en compte les problématiques territoriales et locales ! Surtout, avec moins d’élus, il sera difficile de « consolider la place et le rôle du Parlement » comme devait l’expliquer Emmanuel Macron lors de son allocution.

    Pour le reste, il n’y a pas de vraie nouveauté, ni de réforme miracle. Emmanuel Macron a maintes fois répété qu’il n’avait pas de baguette magique. On en a la confirmation avec son nouveau catalogue de mesures.

    Que ce soient l’instauration de la proportionnelle aux élections législatives ou la réforme de la procédure du Référendum d’initiative partagée, je ne vois pas bien comment ces chantiers permettront de lutter contre la défiance dont font preuve des millions de Français envers nos institutions. Surtout, l’instauration d’une forte dose de proportionnelle -on parle de 30%- conjuguée à la suppression d’un tiers des députés va contribuer à faire élire des députés totalement hors-sol. Des apparatchiks et des professionnels de la politique, déconnectés des territoires, qu’on mettra sur des listes pour les récompenser de leurs bons et loyaux services.

    Je salue la volonté affichée d’un moratoire décrété par le Chef de l’Etat sur les services publics locaux, en affirmant qu’il ne fermera aucune école ni aucun hôpital d’ici à la fin du quinquennat. On attend maintenant la traduction concrète.

    Parce qu’on n’en peut plus de voir les services de l’Etat fermer les uns après les autres. Mais le Président n’apporte pas pour autant de véritable solution pour enrayer le désengagement de l’Etat dans les territoires. Un moratoire sur les fermetures, c’est bien. Une vision et une politique claire d’aménagement, en lien avec les acteurs locaux, c’est mieux. Vouloir « plus de fonctionnaires présents sur le terrain », c’est bien. Le faire avec les collectivités territoriales, c’est mieux.

    J’attends également des précisions sur la réforme constitutionnelle prévoyant notamment une nouvelle « organisation territoriale » que devait annoncer Emmanuel Macron. J’espère que le Président ne décidera pas seul dans son coin comme il le fait depuis deux ans et qu’il associera les élus locaux à la mise en place de ce nouvel acte de la décentralisation.

    Quid également de cette assemblée de « 300 citoyens » tirés au sort ? Travaillera-t-elle en lien avec le Conseil économique, social et environnemental (CESE) ? Ou se substituera-t-elle au CESE ? Et quelle validité démocratique a ce choix ? Quelle place pour les corps intermédiaires ?

    En matière fiscale, Emmanuel Macron a annoncé une baisse de l’impôt sur le revenu pour les classes moyennes et une évaluation de la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune. Mais quelle baisse ? Notre pays crève d’une fiscalité confiscatoire. Le ras-le-bol fiscal de nos concitoyens est réel. Ce n’est pas faute de le marteler depuis des années ! Mais j’aurais aimé que le Président nous dise également quelles dépenses publiques il compte réduire en contrepartie des baisses d’impôts ! Et qu’il apporte des précisions sur « certaines niches fiscales » qu’il compte supprimer. Pareil sur « la nécessité de travailler davantage ».

    Concernant l’ISF, tous les acteurs économiques soulignent qu’il n’existe rien de pire que l’incertitude fiscale. En faisant preuve de fébrilité sur la question de l’ISF, Emmanuel Macron entretient une certaine ambiguïté en matière fiscale. Des incertitudes préjudiciables aux investisseurs économiques qui ont besoin d’avoir une visibilité sur le long terme.

     

    Enfin, concernant la réindexation des petites pensions de retraite sur l’inflation, je ne peux qu’applaudir le fait que le Président revoie sa position. Avec un bémol. S’il avait dès le départ écouté son opposition, vent debout contre cette mesure, il n’aurait pas été contraint de rebrousser chemin aujourd’hui. Entre la hausse de la CSG et la non-réindexation des retraites, Emmanuel Macron a clairement ciblé les retraités depuis le début de son quinquennat, pour faire aujourd’hui machine arrière. Que de temps perdu. Que de colères attisées. Pour rien.

    Je salue sa volonté de rendre du pouvoir d’achat aux salariés -via notamment la pérennisation de l’exonération de charges sociales et fiscales pour les primes exceptionnelles de fin d’année mises en place à titre expérimental fin 2018- ou le dispositif visant à garantir le paiement des pensions alimentaires aux mères isolées, mais je suis plus dubitatif sur la suppression de l’ENA ou sur la mise en place du fameux Référendum d’initiative citoyenne !

    Sur le premier point, je milite depuis des années pour une profonde réforme de l’administration. Je dis et je redis qu’il s’agit de la mère de toutes les réformes. Qu’elle conditionne tout le reste. Passe-t-elle par une suppression pure et simple de l’ENA ? Je ne le pense pas ! Il faut bien former nos élites. Et je dis « former » pas « formater ». Car c’est bien le reproche récurrent qu’on fait à l’ENA. Celui de conditionner ses élèves selon un modèle déconnecté des réalités quotidiennes. Une réforme de l’ENA est donc indispensable, et sa fusion avec l’INET pourrait être envisagée. Pas sa suppression pure et dure.

    Sur le RIC, totem des gilets jaunes, je dis ma totale opposition. La démocratie est une chose sérieuse. On ne peut pas gouverner efficacement à coup de référendums ou d’assemblées citoyennes de ronds-points. Le meilleur référendum qui existe, c’est l’élection. Si on n’est pas content des décisions prises par ceux qu’on a élus, on en change au scrutin d’après. C’est aussi simple que ça. On n’a encore pas trouvé mieux pour assurer la pérennité de notre démocratie !

    Emmanuel Macron avait promis qu’il redéfinirait le projet national et ne se contenterait pas de mesures catégorielles. J’ai par rapport à cette ambition un sentiment de déception. On n’a pas de vrai projet global.

    Bref, on est bien loin du « blast » annoncé. On est loin d’un « grand projet pour la Nation ». On est plus proche d’un catalogue de mesures, une sorte de « boîte à outils » chère à son mentor François Hollande. Des mesures et des outils qu’il va falloir préciser rapidement.

    Tout ça pour ça, serais-je tenté de conclure…